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Évangéline
par Henry Wadsworth Longfellow


Livre
Titre
Prologue
Préface
Partie I
Partie II
English

 

En premier lieu, primant tout, venait le motif religieux, auquel, le cas échéant, ils étaient prêts â sacrifier les deux autres. Si grand que fût l'attachement à leurs biens, ils les eussent abandonnés plutôt que de prendre les armes contre les Français, jugeant en leurs âmes primitives et simples que c'eut été là un acte criminel, contre nature, tenant du fratricide. Qu'on ajoute le respect tout religieux qu'ils portaient au serment de fidélité qu'ils avaient prêté, et l'on a tous les mobiles qui les faisaient agir. Et cette façon d'agir, toujours la même, ils la maintinrent avec une fermeté que ne purent jamais ébranler les menaces, les subtilités, ni les promesses non étayées de l'écrit ou des sanctions les plus formelles de l'autorité. 

En même temps, sachant que la conservation de ces avantages deviendrait impossible, sans une soumission empressés dans toutes les questions d'ordre secondaire, et particulièrement sans une loyauté scrupuleuse à leur serment de fidélité, ils allèrent jusqu'à former des comités pour dénoncer ceux d'entre eux qui violeraient ce serment. Bref, ils étaient prêts à toutes les soumissions pourvu qu'on respectât les choses qu'ils considéraient essentielles. C'est encore dans cet esprit qu'ils livrèrent leurs armes dès que l'ordre leur en fut donné; qu'ils se rendirent à Halifax à la première summation de Lawrence alors que l'incarcération, ils n'en pouvaient douter, devait être le résultat de la réponse qu'ils avaient mission de porter. C'est encore dans ce même esprit qu'ils se livrèrent à Winslow, Murray, Handfield et Monkton, et cela, lorsqu'ils avaient devant eux tout un déploiement militaire qui faisait présager de sinistres desseins. Leur faute n'a pas été de manquer de soumission, mais bien d'en trop avoir. 

Dispersés sur des plages éloignées les unes des autres, désarmés, réduits à la plus abjecte misère, pleurant leurs fils traînés ils ne savaient où, que pouvaient-ils, sinon gémir et implorer la pitié? Quelle que soit la superbe d'un homme, quelles que soient sa volonté et sa force de résistance, il arrive toujours un temps où son impuissance et la persistance du malheur le courbent humble et soumis. Réduits à cet état, obligés de pourvoir aux besoins pressants de leurs families, les Acadiens n'avaient d'autres armes que leur douceur, leur soumission, la droiture de leurs actes. Ce sont ces vertus, partout manifestes, qui ont laissé autour d'eux dans la mémoire du peuple américain, cette sympathie dont Longfellow a réveillé le souvenir attendri.

La vie des Acadiens, isolés du reste du monde, formant un peuple distinct où tous se connaissaient, où tous étaient unis par des liens divers et des souvenirs communs, avait été une idylle de paix, de bonheur et de douce simplicité, et il convenait de leur conserver dans l'adversité les traits qui les avaient distingués dans le bonheur. Il convenait que l'héroine choisie pour fixer dans les esprits les péripéties douloureuses de ce «grand dérangement », restât la douce et pieuse fille qu'était l'Acadienne; que ses souffrances fussent supportées avec cette muette résignation particulière aux âmes simples et droites.

 

 

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