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Évangéline
par Henry Wadsworth Longfellow


Livre
Titre
Prologue
Préface
Partie I
Partie II
English


Le poème d'Évangéline a placé Longfellow au premier rang parmi les écrivains qui ont honoré l'Union Américaine, cette terre de liberté où les sentiments généreux trouvent une éclosion si facile. Ce poème, devenu classique dans la patrie de son auteur, y est le livre de chevet de toute la jeunesse studieuse. Si l'on pouvait faire le compte de l'influence bienfaisante qu'il a exercée sur les esprits en Amérique, on trouverait que nul autre livre, tout au moins nul autre poème de production américaine, ne peut lui être comparé. Il n'a pas, comme le livre de Mme Beecher Stowe, amené de convulsions politiques, mais, comme lui, il a touché les coeurs, élevé les pensées, adouci les sentiments, et son action, douce et pénétrante, durera indéfiniment.

Il a été dit quelquefois, que Longfellow n'avait pas su tirer de son sujet tous les avantages qu'il en pouvait tirer, et n'avait pas rendu toute l'intensité dramatique qu'il comportait. Ceux qui ont exprimé cette opinion n'ont pas, je crois, pleinement compris les faits qui se rattachent à la vie des Acadiens et à la situation désespérée qui leur fut faite après la déportation.  Bien vrai, si Longfellow avait introduit, dans son récit, des résistances, des conflits sanglants, des actes de vengeance comme l'excès du malheur en inspire souvent; s'il eut fait d'Évangeline une Camille vibrante et tragique, brandissant un poignard, exhalant ses imprécations, il aurait pu secouer plus violemment l'imagination, mais il eut à été l'encontre de la vérité historique, il eut fait une héroine quelconque pouvant appartenir à Rome, à la Grèce ou à la Judée, mais non aux simples et paisibles paysans qui venaient d'être chassés de l'Acadie.

Il ne faut pas oublier que les Acadiens vivaient depuis un demi-siècle sous le régime anglais ; que, traités généralement avec une certaine douceur ou laissés à eux-mêmes, exemptés par leur serment de fidélité du service militaire, ils avaient perdu l'ardeur guerrière qui les animait autrefois.  La sérénité de leur vie n'était troublée que par trois seules préoccupations qui s'avivaient ou se calmaient au gré des événements: conserver les terres qui leur donnaient l'abondance, la patrie aimée, la seule qu'ils connussent; pratiquer librement leur religion; ne pas avoir à combattre contre la France.



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