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La jeune Évangéline, à ces mots attendrie,
Levait avec espoir ses beaux yeux vers le ciel;
La coupe de ses jours n'avait plus tant de fiel.
Elle entendait encor, au fond de sa pauvre âme,
La mer se lamenter, comme en ce jour infâme
Du suprême départ. Mais, parmi les sanglots,
Une voix s'élevait qui dominait les flots,
Voix désolée aussi, mais que l'amour tempère,
Et cette voix disait : « Évangéline, espère! »
L'infortunée ainsi, pendant de nombreux jours,
Promena dans l'exil sa peine et ses amours.
Sa jeune âme avait soif des douces sympathies,
Et son pied fatigué saignait sur les orties.
Esprit mystérieux, reprends ton noble essor,
Guide-moi de nouveau, je veux la suivre encor!
À ses côtés parfois et parfois à distance,
Je veux la suivre encor, la suivre avec constance,
Non pas sur tout chemin que la ronce a couvert,
Et non pas chaque jour où son coeur a souffert, -
Je ne sais tous les lieux où seule elle est allée, -
Mais comme un voyageur peut suivre, en la vallée,
Le cours capricieux d'un limpide ruisseau.
Le voyageur, ici, voit scintiller l'eau
Dans la trouée ouverte au fond de la ramure;
Et là, tout près du bord, il entend son murmure,
Mais il ne la voit point. Heureux est-il toujours,
Quand s'ouvre la forêt et reparaît son cours.
II
Et c'est le mois de mai. La lumière ruisselle :
L'arôme des bois monte aux cieux. Une nacelle
Glisse rapidement sur le Mississippi.
Elle passe devant le Wabash assoupi,
Et devant l'Ohio qui balance ses nappes
Comme un champ de maïs berce ses blondes grappes.
Ceux qu'elle emporte, hélas! sont des Acadiens,
Des bannis résignés, dépouillés de leurs biens,
Les débris malheureux d'un peuple heureux naguère.
Où vont-ils maintenant? Ils ne le savent guère.
Unis par la souffrance et par la foi, songeurs,
Depuis longtemps déjà ces pauvres voyageurs
Que la haîne poursuit, que le doute accompagne,
A travers la forêt, à travers la campagne,
Sur la terre ou les eaux, s'en vont toujours errants :
Ils cherchent leurs amis, ils cherchent leurs parents.
Parmi les fugitifs on voit Évangéline,
Semblable maintenant au cyprès qui s'incline
Sur la fosse profonde où dort un malheureux;
On voit l'humble pasteur, son guide généreux.
Et, pendant bien des jours, la vaillante pirogue,
Docile à l'aviron, sur le grand fleuve vogue;
Et, dormant bien des nuits, sous les chènes ombreux,
L'humble proscrit échappe à ses soucis nombreux.
Et la barque franchit des chutes aboyantes,
Rase des bords féconds, des îles verdoyantes,
Où le fier cotonnier berce, d'un air coquet,
Ses aigrettes d'argent et son moëlleux duvet.
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