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Vaste était la maison. De loin, on la voyait
Sur le flanc d'un côoteau, dont les gras pâturages
Hardiment descendaient jusque sur les rivages.
Le chemin pour s'y rendre était bordé d'ormeaux;
Un sycomore ombreux voilait, de ses rameaux,
Les bancs auprès du seuil et la haute toiture.
Le portique était fier de sa rude sculpture.
Dans la large prairie un sentier se perdait,
Qui trouait le verger. Une vigne pendait,
Guirlande glorieuse, au tronc du sycomore,
Et protégeait l'essaim d'une ruche sonore.
Dans le bourdonnement, sous l'arbre qui tremblait,
En son rustique abri, la ruche ressemblait
Aux niches de la Vierge, aux troncs des faméliques
Que met la charité sur les routes publiques.
Plus bas, sur le côteau qui regardait la mer,
C'étaient le puits moussu, le seau cerclé de fer,
Et l'auge où s'abreuvaient chevaux, boeufs et génisses.
Puis, du côté du nord, plusieurs longues bâtisses:
Des granges, des hangards, en la froide saison,
Contre les ouragans protégeaient la maison.
C'est là qu'on remisait les voitures diverses,
Les harnais, les outils, la charrue et les herses.
Là qu'on voyait aussi le bercail des moutons,
Et le sérail de plume où régnaient les dindons,
Où le coq orgueilleux chantait d'une voix fière,
Comme au jour où sa voix troubla l'âme de Pierre.
Et tout cela semblait un village, de loin.
Les granges, en été, se remplissaient de foin.
Leurs toits proéminents étaient couverts de chaume,
Et le trèfle fané remplissait de son baume
Le fenil où montait un solide escalier.
Là se trouvait aussi l'amoureux colombier,
Avec ses nids moëlleux, ses tendres créatures,
Ses roucoulements longs, ses folles aventures;
Et mainte girouette, au moindre essor des vents,
Criait du haut des toits le changement du temps.
En paix avec le ciel, en paix avec le monde,
C'est ainsi que vivait, dans sa terre féconde,
Le fermier de Grand-Pré. Sa joie et son appui,
Toujours Évangéline était auprès de lui,
Et sagement toujours gouvernait le ménage.
À l'église, souvent, les gars du voisinage
Tenaient ouvert leur livre, ou priaient à genoux,
En reposant sur elle un oeil un peu jaloux,
Comme si, dans un nimbe, elle eut été la sainte
Qu'ils venaient invoquer en la pieuse enceinte.
Heureux qui par hasard touchait sa blanche main,
Voyait sourire un peu ses lèvres de carmin!
Ceux qui frappaient, le soir, à sa porte, dans l'ombre,
En entendant ses pas dans le corridor sombre
Résonner tout à coup, se demandaient en vain
Lequel battait plus fort, du lourd marteau d'airain
Ou de leur coeur, parfois, hélas! un peu volage.
Et gaîement on fêtait le patron du village.
Les jeunes et les vieux descendaient au vallon,
Pour y danser sur l'herbe, au son du violon.
Bien des garçons alors, débordants de tendresse,
Tour à tour lui disaient des mots si pleins d'ivresse,
Qu'ils semblaient un écho de l'agreste concert,
Mais pour Gabriel seul son coeur s'était ouvert,
Gabriel Lajeunesse, un garçon de Basile.
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