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Évangéline
par Henry Wadsworth Longfellow


Livre
Titre
Prologue
Préface
Partie I
Partie II
English


Parfois elle venait, se croyant sans témoin,
Faible et lasse, s'asseoir au fond d'un cimetière.
Fixant ses yeux rougis sur la croix ou la pierre
Qui lui montraient l'endroit d'un suprême repos,
Elle s'agenouillait sur les humbles tombeaux,
Sur les tombeaux sans noms, les tombeaux que la foule
Regarde indifférente, et d'un pied distrait foule;
Et puis elle pensait : « Il est peut-être là! »
Et c'était son désir, en songeant à cela,
De dormir près de lui dans une paix céleste.

Mystérieuses mains qui l'appelaient d'un geste,
Une vague rumeur, un agréable bruit
Circulaient tout à coup, et son bon coeur, séduit,
Se ranimait alors et refoulait le doute.
Des voyageurs avaient, sur leur sauvage route,
Vu l'ami regretté qu'elle cherchait ainsi,
Mais c'était l'autre année, et c'était loin aussi.

« Oui, répondaient les uns, touchés de sa tristesse,
« Oui, nous l'avons connu, Gabriel Lajeunesse.
« Au récit de ses maux nos yeux se sont mouillés;
« Nous nous sommes souvent ensemble agenouillés.
« Son père l'accompagne. Il se nomme Basile.
« C'est un bon forgeron, un vieillard fort agile.
« Ils aiment la forêt; ils sont chasseurs tous deux,
« Et parmi les chasseurs leur renom est fameux. »

« Gabriel Lajeunesse? un jour, contaient les autres,
« S'il nous en souvient bien, il fut aussi des nôtres.
« De la Louisiane il franchit avec nous
« Les plaines sans confins et les nombreux bayous. »

Souvent avec bonté l'on disait : « Ta peine,
« Pauvre enfant, sera-t-elle aussi longue que vaine?
« Pourquoi toujours l'attendre et l'adorer toujours?
« Il a peut-être, lui, renié ses amours.
« Il est d'autres garçons dans notre voisinage,
« Qui sauraient comme lui fonder un bon ménage.
« Combien seraient heureux de vivre auprès de toi!
« Tu charmerais leur vie, ils béniraient ta loi.
« Et Baptiste LeBlanc, le fils du vieux notaire,
« A pour toi tant d'amour qu'il ne saurait le taire.
« Donne-lui le bonheur en lui donnant ta main,
« Et que dès aujourd'hui ton deuil ait une fin.
« Si belle, coiffe-t-on, las! sainte Catherine? »

Mais elle répondait, douce et pourtant chagrine :
« Donnerai-je ma main à qui n'a point mon coeur?
« L'amour est un flambeau dont la vive lueur
« Éclaire et fait briller les sentiers de la vie.
« L'âme qui n'aime pas au deuil est asservie
« Le lien qui l’enchaîne est un lien d'airain,
« Et pour elle le ciel ne peut être serein. »

Alors, son confesseur, ce protecteur fidèle
Qui, depuis le départ, était resté près d'elle,
En attendant qu’un père au ciel lui fut rendu,
Disait : « Ma bonne enfant, nul amour n'est perdu.
« Quand il n'a pas d'écho dans le coeur que l'on aime,
« Quand d'un autre il n'est pas, hélas! le bien suprême,
« Il revient à sa source et plus saint et plus fort,
« Et l'âme qu'il embrase aime son triste sort.
« L'eau vive du ruisseau que le soleil appelle,
« Au ruisseau redescend toujours vive et nouvelle.
« Sois ferme et patiente au milieu de tes maux;
« Le vent qui peut briser les flexibles rameaux,
« Fait à peine frémir les branches du grand chêne.
« Sois fidèle à l'amour qui t'accable et t'enchaîne;
« Ne crains pas de souffrir et bénis tes regrets :
« La souffrance et l'amour sont deux sentiers secrets
« Qui mènent sûrement à la sainte patrie. »

 

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